Adhésion

Regards sur l’hospitalité antique

Madame Fauchon-Claudon commence par scruter le regard porté sur l’hospitalité antique par nos sociétés contemporaines. Sur ce sujet polémique, il y a en effet un risque d’anachronisme et même de propagande. Dès le début du 21ème siècle, dans un contexte de crise migratoire, le débat donne une grande place à l’Antiquité : elle représenterait une hospitalité pure, originelle, Ulysse faisant figure de « premier migrant ». On se réfère aussi à l’Antiquité judéo-chrétienne, la Bible préconisant l’accueil de l’étranger, ainsi d’ailleurs que le Coran. Si l’hospitalité antique se prête à cette quête de références, c’est d’une part à cause d’une tension née du double sens du mot latin hostis, qui signifie à la fois « étranger » et « ennemi », d’autre part en raison d’un sentiment de déclin : dès les Lumières, on regrette que soit tombée en désuétude une hospitalité antique largement fantasmée, « vertu d’une grande âme, qui tient à tout l’univers par les liens de l’humanité » (article « hospitalité » de l’Encyclopédie). La référence à l’Antiquité fait office d’argument d’autorité.

Pour mieux comprendre l’hospitalité antique, il convient de la replacer dans son contexte historique. Il s’agit d’une pratique d’accueil parmi d’autres, comme l’hospitium publicum (l’État prend en charge les déplacements des soldats, magistrats, ambassadeurs, puis dignitaires de l’Église, et les loge dans des résidences spécifiques), le secteur hôtelier (qui n’a pas très bonne réputation), le campement (à Olympie les athlètes étaient logés sous des tentes), les « meublés », et à partir du 6ème s., les hôtelleries des monastères. L’hospitalité, quant à elle, était à l’origine aristo cratique, unissant des étrangers de même rang par un lien héréditaire se rapprochant de la parenté. Elle est gratuite, réciproque, et valorisée : avoir beaucoup d’hôtes est un facteur de prestige social. Elle ne concerne que des partenaires identifiés ou choisis ; elle est formalisée par des pactes, et peut s’étendre à des groupes ou collectivités, avec une certaine porosité de la sphère publique et privée. L’hospitalité apparaît comme une instance de régulation, face à la tension entre la Loi universelle (Zeus veut que l’on respecte les hôtes) et les lois de la cité. Les Suppliantes d’Eschyle décrivent une première forme d’institutionnalisation, l’asile, montrant comment une série de protocoles s’instaure pour que l’hospitalité soit effective : les suppliantes doivent adopter des comportements spécifiques pour être accueillies. Même avec l’avènement du christianisme, l’accueil n’est pas inconditionnel, et l’hospitalité a un caractère plus social que religieux.

En définitive, l’hospitalité antique est une relation sociale contractualisée, qui vise à accueillir des individus ou groupes identifiés. Elle fait partie des dispositifs de la société pour gérer l’arrivée d’étrangers : c’est « la politique internationale des sociétés traditionnelles », selon l’expression de Lévi Strauss. Ou, pourrait-on dire, l’instrument d’une gestion pacifique de la méfiance.

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