Ce tableau fut d’abord appelé Visite au prisonnier, avant que l’on n’y identifie un épisode biblique, grâce au tesson placé à terre, où l’on reconnaît celui dont Job, frappé par une maladie de peau, se sert pour se gratter (Livre de Job, 2). Dans le texte biblique, Job, après avoir perdu sa fortune et ses enfants, supporte avec résignation cette nouvelle épreuve, mais sa femme voudrait qu’il se révolte : « Maudis Dieu, et meurs ! »
Ce sujet apparaît dans la peinture à l’époque romane, et se développe surtout aux 15ème et 16ème siècles. Ordinairement la femme de Job apparaît comme vindicative, acariâtre, parfois même comme une vraie mégère ; très rarement, on la montre compatissante ou suppliante. Mais qu’en est-il ici ? La femme de Job le raille-t-il réellement ?
Avant de répondre à cette question, la conférencière replace le tableau dans le contexte de l’œuvre de Georges de la Tour. Ce Lorrain, qui fut un des peintres de Louis XIII, très connu durant sa vie, fut totalement oublié après sa mort. Ce n’est qu’en 1915 que l’historien de l’art allemand H. Voss le redécouvre et l’identifie. Actuellement 40 œuvres lui sont attribuées avec certitude :peut-être le dixième de ses œuvres seulement ! G. de la Tour ne peint que des scènes de genre, d’abord diurnes, puis nocturnes. Ses tableaux se caractérisent par l’absence de perspective, la forte présence des personnages, un espace très compact. C’est un coloriste très délicat, dont la couleur fétiche est le rouge vermillon. Tout cela, la conférencière nous le fait découvrir en nous montrant un magnifique panorama de ses œuvres, pour le plus grand plaisir de son public.
I. Collon revient ensuite au tableau qui fait l’objet de sa conférence ; datant peut-être de 1635, celui-ci se trouve au musée d’Epinal, auquel il a été donné en 1825. Considéré d’abord comme l’œuvre d’un caravagesque italien, il fut identifié par Voss en 1915, identification confirmée par la découverte de la signature du peintre en 1972. Son titre, Job raillé par sa femme, lui a été donné en 1930. Il s’agit de savoir si ce titre est bien pertinent.
Les personnages se trouvent dans un espace très resserré : la tête de la femme touche le cadre. IL y a unfort contraste entre les deux personnages. La femme est superbement habillée, très élégante avec son turban, sa blouse brodée à l’encolure, ses manches bouffantes brodées elles aussi, et son tablier empesé (elle semble ne pas avoir été entraînée dans la ruine de son mari !). Elle est imposante, debout en pleine lumière au-dessus de son mari émacié, assis, à demi éclairé. Les deux personnages ont la bouche ouverte – chose exceptionnelle dans l’œuvre de G. de la Tour) : ils se parlent, et leurs regards se croisent. La femme ne paraît pas vindicative : le geste de sa main gauche, son regard, laissent-ils penser qu’elle essaie de convaincre son mari ? Expriment-ils de la compassion ? Job a l’air étonné par ce qu’elle lui dit.
« Il faut que les œuvres gardent un peu de leur mystère, conclut la conférencière. On peut aimer ce tableau pour son message énigmatique qui interroge. » Ce mystère n’a en tout cas pas manqué de passionner les auditeurs,les hypothèses d’interprétation fusant de toutes parts dans le dialogue qui a suivi la conférence.
(F.C.N.)
