Le conférencier prend l’exemple du Rwanda, puis de la Réunion, où il a enseigné. La question des interdits dans les sociétés multi-ethniques et multireligieuses se pose immédiatement. Mais celle-ci en général est variable en fonction du clan, de l’âge et des familles. La non-observance de l’interdit entraîne obligatoirement une sanction qui peut se transmettre à la descendance ! Cela pose un problème pour vivre ensemble.
L’étude des discours pour les missionnaires montre qu’ils doivent s’adapter et parfois accepter de participer à des rites païens.
Une visite à Touba au Sénégal, centre de pèlerinage musulman, a montré un panneau à l’entrée de la ville interdisant de fumer et de boire ; or un autre panneau indiquait « Boire et fumer nuisent à la santé » : santé et interdit religieux ne sont pas incompatibles !
L’étude des textes universitaires consacrés aux interdits alimentaires montre que leur conclusion évite finalement d’en parler !
L’exemple de la multitude des plateaux-repas proposés par les compagnies aériennes (raisons religieuses, médicales, culturelles, voire philosophiques à l’exemple du végétarisme), qui ne cessent de se diversifier, l’exemple des menus des cantines dans deux écoles bien différentes (Vaulx-en-Velin et Collonges-au-Mont-d’Or) montrent bien la difficulté de trouver un consensus.
Mais les interdits alimentaires religieux ont une histoire
Pour le judaïsme, les textes de la Torah parfois se contredisent et ont évolué. Et la loi orale complique encore les choses. En général, il existe un panel prodigieux d’interdits, mais il est toujours prévu des exceptions.
Pour l’islam, il y a le Coran et les Hadith, et les commentaires sont très développés avec parfois des recommandations opposées.
Une religion se distingue : le christianisme, car la notion de pur et d’impur n’existe plus. Pour l’apôtre Paul, il faut laisser les chrétiens manger ce qu’ils veulent, mais en évitant ce qui peut choquer. Ce qui n’est pas le cas des églises protestantes comme les Adventistes du 7ème jour où il existe un ordre naturel voulu par Dieu et datant de Noé. Les interdictions concernent le tabac, le thé, le café, l’alcool…
L’indouisme interdit la consommation de bœuf et pose le problème du végétarisme, voire du végétalisme.
Aucune argumentation n’aboutit en général à faire évoluer les mentalités
On pose alors la question aux sciences sociales, pourquoi ?
Quel discours sur la laïcité ? La République dans son article 1 institue la liberté des cultes mais avec une restriction immédiate « dans l’intérêt de l’ordre public » et l’article 2 prévoit une exception qui sera à l’origine des aumôneries.
Comment vivre ensemble ?
La voie du raisonnement scientifique est pourtant nécessaire (revenir à la source des textes, critique historique, mais aussi à l’anthropologie et à la psychologie), car en fin de compte il faut bien survivre dans une société européenne de plus en plus hygiéniste. Il faut revenir sur la tradition ancienne et revenir sur les exceptions (on peut les négocier mais c’est compliqué).
Comment faire pour manger ensemble ?
Il y a deux solutions :
– envoyer un message préalable : « Qu’est-ce que vous voulez manger ? » ou « Apportez ce que vous voulez bien manger. » Car on ne peut pas multiplier les nourritures et le principal est tout de même de pouvoir manger ensemble !
– ou alors c’est un jeu permanent de non-dit…