Adhésion

Du neuf avec du vieux : quand les écrivains latins du Moyen Âge se plaisent à relire les classiques

Le professeur Jean-Yves TILLIETTE nous a offert une conférence passionnante et stimulante sur un sujet peu connu  ; d’ailleurs le professeur dit lui-même en préambule que s’intéresser à ce genre de sujet n’était pas à l’époque de sa thèse très bien vu dans l’université. Et pourtant les profanes que nous sommes avons été suspendus à son propos, il a su nous faire sourire et même rire par de beaux traits d’esprit propres à nous ramener dans ce passé médiéval et auprès de ces auteurs inconnus. Sauf le premier sans doute : le nom d’Eginhard, biographe de Charlemagne était dans nos livres d’histoire, in illo tempore où l’on apprenait vraiment l’histoire au collège et au lycée. Je cède ici la plume ou plutôt le clavier au professeur Tilliette présentant sa conférence : « Dès les premiers siècles médiévaux, moines et clercs ont eu à cœur de copier et d’étudier les grands auteurs de la latinité classique, pour des raisons d’abord pragmatiques : c’est que leur lecture permettait de s’initier à la langue du texte sacré, de la liturgie, des savoirs juridiques et scientifiques commune à toute la chrétienté. Rien n’interdit pour autant de penser qu’ils aient pu en éprouver quelque plaisir esthétique. On en a le témoignage indirect à travers les imitations, paraphrases, pastiches et transpositions de textes classiques qui sont composés en fort grand nombre au gré des « renaissances médiévales » successives, d’Alcuin (fin du VIIIs.) à Pétrarque et Boccace (milieu du XIVe s.). Les émules médiévaux de ceux que l’on appelle alors les auctores s’y montrent non seulement bons élèves, mais lecteurs avisés, fort aptes à décrypter les intentions de leurs modèles et de détourner avec un humour subtil au profit du message qu’ils entendent transmettre les codes littéraires ainsi hérités. Trois exemples. En premier lieu, on examinera la façon dont le biographe de Charlemagne Éginhard ainsi qu’une épopée anonyme contemporaine tirent parti respectivement de la Vie des douze Césars de Suétone et de l’Énéide pour composer le portrait de l’empereur des empereurs et de la cité idéale. On lira ensuite des extraits d’un pastiche par l’abbé poète Baudri de Bourgueil (ca. 1100) de l’Héroïde 16 d’Ovide (« De Pâris à Hélène ») pour mettre en évidence le retour sur la scène littéraire de la fantaisie poétique au temps des premiers troubadours. On s’intéressera enfin à la façon dont le comédiographe (auteur de comédies) Vital de Blois (deuxième quart du XIIe s.) transpose dans son Geta l’intrigue de l’Amphitryon de Plaute pour mettre en scène, avec une cocasserie joyeusement assumée, les discussions scolaires alors développées par Abélard et ses élèves sur la nature et les pouvoirs du langage. Selon des modes et des techniques différents, ces remplois tour à tour politique, poétique et polémique de l’œuvre des grands anciens mettent en évidence la vitalité créatrice de leurs héritiers médiévaux. » Nous sommes finalement convaincus qu’une fois de plus le Moyen Âge a été sous-estimé et nous nous promettons de lire au moins Eginhard publié aux Belles-Lettres…

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