Une conférence qui a passionné le public si l’on se fie au nombre de questions. Le conférencier a eu un parcours riche et atypique : accumulation de diplômes, choix multiples pour s’arrêter finalement sur la psychiatrie, tout en maintenant un lien étroit avec la philosophie à l’hôpital. Et de fait Olivier Laurini propose de nous montrer comment la médecine peut être réhumanisée par la culture littéraire.
Logiquement, la première partie de l’exposé est consacrées à la présentation des humanités médicales, concept un peu étrange pour certains, mais qui ne saurait étonner les pratiquants des textes antiques. Ce qui demande d’éclairer la notion d’« humanités » et de montrer comment la médecine qui s’appuyait sur les textes antiques s’est tournée au 20ème siècle vers les sciences, avant qu’au lendemain de la Seconde Guerre les humanités médicales ne soient reconnues. Ainsi en 2015 a été créé à la Sorbonne un cursus pour médecins intitulé « Médecine humanités Sorbonne ».
Puis M. Laurini se propose d’étudier l’esprit de l’humanisme en commençant par l’apport des textes antiques depuis l’Égypte pharaonique jusqu’à Rome en passant par la Grèce. En latin le mot cura veut dire à la fois « soin » et « souci », un double sens intéressant et problématique : acte d’un côté, préoccupation de l’autre. Or l’humanisation des soins est une question essentielle, et particulièrement en psychiatrie. L’humilité du soignant et l’indivi dualisation du soin doivent aller de pair, ce qui n’est pas toujours le cas. Ainsi y a-t-il deux formes de médecine : l’une technique et mutique, l’autre empathique que revendique le conférencier, qui souligne l’importance du langage dans la relation au malade. Ainsi une loi de 2002 impose le consentement du patient au traitement ; mieux encore il est admis aujourd’hui que le médecin peut apprendre du patient – ce que disait déjà Platon dans le quatrième livre des Lois (720 c-d). Ainsi y a-t-il des « pairs-aidants » et existe-t-il à la Sorbonne une université des patients. Plus le patient est informé, plus efficace est le traitement.
La littérature apporte une contribution importante à la psychiatrie en particulier, et référence est faite au mythe de Narcisse qui se contemple dans l’eau. Ainsi une médecine narrative est-elle invoquée : il s’agit d’appliquer les méthodes littéraires au récit du patient et d’écrire en adoptant le point de vue du patient. Est évoquée ici Cynthia Fleury, philosophe et psychanaliste, titulaire de la chaire Humanités et Santé au Conservatoire national des arts et métiers, et aussi de la chaire de Philosophie à l’Hôpital au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences. Réhumaniser la médecine, tel est le programme qu’il faut maintenir, et les universités ont un rôle essentiel à jouer. Il faut redire ici l’intérêt du public et noter en particulier l’intervention d’une auditrice qui donnait un témoignage personnel de l’importance des pairs-aidants. Les questions ont fusé, et c’est une première conférence de très bon augure.